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Enquête - Santé des femmes

Revue No. 108

Les patientes présentent des particularités médicales et sociales qui ont pour conséquence une prise en charge moins bonne qu'on pourrait l'espérer. Des préconisations existent pour améliorer cette situation. Le but de cette enquête est d'avoir un aperçu sur l'état actuel des connaissances et pratiques des médecins généralistes sur la question de la santé des femmes.

Cette enquête a reçu un bon accueil avec 362 réponses, avec une majorité de femmes (80 %, un des taux les plus élevés que nous ayons notés) et de jeunes..

Tranche d'âge

 

Susceptibilité des femmes à certaines maladies

Quelques questions portaient sur les connaissances épidémiologiques. Environ 80 % des répondeurs ont identifié des pathologies ou des situations clairement plus fréquentes chez les femmes : syndrome de l’intestin irritable, douleurs chroniques inexpliquées, troubles anxieux, symptomatologie atypique de l'infarctus du myocarde, consommation d'antidépresseurs et d'anxiolytiques.

Seuls 15 % de nos répondeurs ont reconnu que la vulnérabilité aux addictions était plus fréquente chez les femmes. Peut-être notre question a-t-elle été mal interprétée : il existe une surreprésentation des hommes dans les addictions, qui tend historiquement à diminuer (par exemple pour le tabac et l’alcool), mais il est observé que les femmes sont plus vulnérables aux addictions en particulier par une progression plus rapide vers des complications médicales. De même, seuls 39 % des répondeurs ont estimé que les effets indésirables des médicaments sont plus fréquents chez les femmes, or 60 % des déclarations d’événements indésirables (EI) concernent des femmes ; toutefois les EI graves sont à parité et les décès sont plus fréquents chez les hommes. Seuls 25 % considèrent que la sensibilité à la douleur est une situation plus fréquente chez les femmes, alors qu’il est bien établi que chez les femmes le seuil douloureux est plus bas, les douleurs chroniques plus fréquentes, la consommation d’antalgiques supérieure et la sensibilité aux morphiniques moins bonne.

 

Sensibilité à la spécificité des femmes

Les deux tiers de nos répondeurs ne se sentent pas suffisamment informés sur la différence médicale entre les sexes, particulièrement les femmes et les plus jeunes. Alors que les deux tiers s’y intéressent particulièrement. Enfin, la moitié pensent avoir certains biais vis-à-vis des femmes, de manière comparable dans les deux sexes.

 

LE PRATICIEN ET LA SANTÉ DES FEMMES

Attitude vis-à-vis des patientes

Si la moitié déclarent ne pas être différents avec leurs patientes, certains adaptent leur civilité (13 %), leur interrogatoire (22 %), leurs explications (11%), leurs incitations (13 %) ou surtout leurs encouragements (24 %). Ces derniers sont trois fois plus fréquemment prodigués par les femmes (27,3 % vs. 9,6 %). Près de 40 % des généralistes constatent des différences dans la prise en charge des femmes et environ un tiers que leurs patientes expriment assez souvent une différence de prise en charge par le « système médical ».

 

 

JE SUIS DIFFÉRENT AVEC LES FEMMES DANS PRISE EN CHARGE DES PATIENTES

 Nous nous sommes ensuite limités à deux sujets à la fois fréquents et faisant l’objet de recommandations assez simples.

 

Obésité

De manière assez surprenante, seulement la moitié des répondeurs ont tenu pour vrai que l’obésité sévère (IMC > 35) touchait plus les femmes ; l’enquête OFEO 2024 de la ligue contre l’obésité nous apprend que si l’obésité modérée touche autant les deux sexes, les obésités sévères et massives (IMC > 40) touchent nettement plus les femmes (4,5 % et 2,5 %) que les hommes (3,9 % et 1,2 %).

 

OBÉSITÉ SÉVÈRE CHEZ LA FEMME

 

L’obésité est un facteur de risque dans de nombreuses situations médicales, quelques-unes ont fait l’objet d’une question. Une majorité des répondeurs ont désigné les troubles menstruels (67 %), les grossesses compliquées (79 %) et les douleurs articulaires (93 %). À l’inverse 33 % des répondeurs ont désigné l’ostéoporose comme un risque accru en cas d’obésité, or l’obésité est associée à une plus grande densité minérale osseuse et un moindre risque fracturaire pour les hanches (mais pas pour les vertèbres ou les chevilles). Enfin, seulement 56 % des répondeurs identifient le retard au dépistage des cancers, il est pourtant documenté que les femmes obèses sont moins souvent à jour de dépistage pour les cancers du col de l’utérus, du sein, du colon. Pour l’ensemble de ces réponses, il n’y a pas de différence significative selon le sexe du praticien, en revanche les jeunes médecins ont de meilleures connaissances. Enfin, nous avions un item un peu « incorrect » sur la compréhension des conseils médicaux ; si cette réponse a été peu cochée au total (16%), elle l’a été beaucoup par les plus âgés quel que soit leur sexe.

Le poids n’est mesuré systématiquement (recommandation de la HAS) que par 43 % des répondeurs. Le périmètre abdominal est le plus souvent mesuré « selon la clinique », les praticiens les plus âgés sont plus nombreux à le faire à une fréquence régulière (conformément aux recommandations de la HAS sur le suivi des patients obèses).

 

DÉPISTAGE DU SURPOIDS ET DE L'OBÉSITÉ

 

Il est postulé qu’une formulation « non stigmatisante » est préférable pour la prise en charge des patients, en particulier concernant le surpoids. Nous avons testé quelles formulations pourraient être employées ; nos répondeurs ont choisi plus souvent les trois formulations les plus ouvertes et neutres (indiquées en bleu) ; toutefois cette discrimination entre les réponses était moins nette pour les praticiens les plus âgés.

 

CHOISISSEZ LES FORMULATIONS QUE VOUS POURRIEZ UTILISER

 

Notre dernière question concernant les femmes obèses était, volontairement, équivoque dans sa formulation. Deux tiers des répondeurs ont noté que les femmes obèses étaient plus souvent en situation sociale défavorable (un fait avéré) ou fragile psychologiquement (en effet il y a plus de dépression). Seuls un tiers des répondeurs ont considéré que les femmes obèses étaient plus difficiles à soigner ; il est pourtant objectif que l’obésité est associée à une moindre efficacité de certains traitements, par exemple, les antihypertenseurs, les anti-infectieux, les vaccins, les contraceptifs, les antidépresseurs. Peut-être notre formulation a pu paraître « incorrecte », mais il est probable que des différences objectives entre hommes et femmes sont mal connues.

 

PENSEZ VOUS QUE LES FEMMES EN SURPOIDS/OBÉSITÉ SONT PLUS SOUVENT

 

Suivi de la grossesse

Parmi nos répondeurs, 49 % des hommes et 37 % des femmes ne suivent aucune grossesse ; les autres suivent en moyenne 3,4 grossesses par an. La consultation pré-conceptionnelle (CPC) est faiblement proposée, de même que l’entretien prénatal précoce (EPP). La CPC est beaucoup plus souvent proposée par les femmes et les praticiens qui suivent beaucoup de grossesses, tout en restant à des taux assez faibles.

 

SUIVI DE LA GROSSESSE

 

Détections des vulnérabilités

Il a été constaté que de mauvaises conditions sociales sont plus fréquemment associées à une mauvaise prise en charge médicale ; il est recommandé aux médecins de s’enquérir des conditions de vie des patientes pour identifier des conditions de vulnérabilité (chômage, femme isolée, violences…). Parmi nos répondeurs, seuls 22,7 % déclarent interroger « systématiquement » leurs patientes sur leur situation maritale et économique et 13% sur les violences conjugales. La raison semble à la fois un manque de formation (63 %) et le sentiment d’illégitimité (43 %). Pourtant, les études montrent une très forte acceptabilité des patientes aux questions sur les violences conjugales..

 

RECHERCHE DES VULNÉRABILITÉS VIOLENCES CONJUGALES

 

Conclusion

Notre enquête a évidemment plus interessé les praticiennes, mais nous n’avons pas noté de différences d’attitude très marquées selon le sexe des répondeurs ; si les hommes sont peut-être moins informés, la plus grande différence de connaissance et d’attitude est plus souvent fonction de la génération. Notre enquête suggère que les répondeurs sont sensibles aux formulations « non stigmatisantes », peut-être même à l’excès car quelques réalités factuelles, qui peuvent paraître « sexistes », ne sont pas bien estimées. Quoi qu’il en soit, la pratique déclarée de mesures de prévention recommandées (recherche de vulnérabilité, proposition de la consultation pré-conceptionnelle ou de l’entretien prénatal précoce) paraît faible en regard de l’intérêt déclaré pour le sujet.