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Checklist opioïdes dits « faibles »

Revue No. 110

20 millions de Français sous antalgiques...

En 2023, 11 millions de Français ont eu au moins une prescription d’un opioïde, avec une dose moyenne EMO (Équivalent Morphine Orale) de 17 mg par jour. Pour des durées souvent longues ( >3 mois pour 2,8 millions de patients), plus souvent chez des femmes, et un âge moyen de 55 ans. En termes de prévalence, cela représente 1 adulte sur 6, et, assez naturellement, les opioïdes dits faibles en constituent la grande majorité (16,6 % des adultes versus 1,21% pour les opioïdes forts).
La légère baisse observée en 2024 (–1,7%) concerne principalement le tramadol (–20%) et la codéine (–11%), les prescriptions de poudre d'opium ayant à l'inverse progressé (+37%). Ce sont les premiers effets probables des mesures de limitation mises en place. Les troubles de l’usage, les hospitalisations et les décès sont majoritairement le fait de ces opioïdes dits faibles (45% tramadol et 24% codéine).

Mieux identifier la douleur : se poser 4 questions

1. Type ?

3 grandes familles de douleur : les 3 N

Des caractéristiques cliniques très différentes, mais intrication possible (douleur mixte)
Nociceptive : Douleurs inflammatoires, post-opératoires et traumatiques ;
Neuropathique : Atteinte du SNC ou SNP, de topographie particulière, échelle DN4 pour le dépistage (maladie SN, traumatisme central ou périphérique, post-opératoire…) ;
Nociplastique : Dérèglement des contrôles de la douleur et du SNV sur stress chronique (fibromyalgie, intestin irritable, lombalgie simple, sensibilisation pelvienne…).

 

2. Évolutivité, pronostic, ancienneté ?
Aiguë ou chronique (> 3 mois) ?
Où va-t-on si on commence une prescription d’opioïde ?

 

3. Intensité ?
De 0 à 10, sur une EVA ou une EN (Échelle Numérique)
Faible : < 4, Modérée : 4 à 6, Forte : > 6.

 

4. Retentissement ?
Sur la qualité de vie physique, psychique et sociale
Permet de repérer les objectifs du traitement.

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Quelle que soit la puissance de l’opioïde : changement de paradigme

Opioïdes ou pas : y a-t-il d’autres solutions à mettre en place ?  (hors douleurs liées au cancer)

En 1re intention : douleur aiguë nociceptive et sévère ≥ 6/10
Toujours en association avec antalgiques non opioïdes (paracétamol, AINS, néfopam) ;
Mesures non médicamenteuses et traitement de la cause.
En 2e intention : douleur aiguë modérée
Après échec paracétamol, AINS, néfopam ;
Lombalgie aiguë, douleurs dentaires, colique néphrétique, traumatismes simples du rachis et des membres.
En dernière intention : douleur chronique, dans le cadre d’une prise en charge multimodale*
Si toutes les autres propositions thérapeutiques (médicamenteuses ou non) ont été essayées ;
Lombalgie/lomboradiculalgie (douleur nociceptive et neuropathique), arthrose (nociceptive), douleurs neuropathiques ;
Maladies évolutives ou neuro dégénénératives , prescriptions à visée palliative quand non liées au cancer ;
Non recommandés pour douleurs pelviennes chroniques et autres douleurs musculo-squelettiques

Jamais d’opioïdes pour migraine ou céphalée,
aiguë ou chronique

 
Et jamais de tramadol
pour douleur nociplastique
sans avis spécialisé

 

Recommandations

Au moment de prescrire : définir le contrat et informer le patient

Définir le contrat : proposer des objectifs réalistes  (Zéro douleur peu acceptable si chronique)                                   
Par ex. : Diminution intensité de 30%, amélioration fonction de 30%, amélioration qualité de vie de 30%.

Informer le patient : effets secondaires
Constipation : très fréquente (40 à 90% des patients) : c'est une cause majeure d'arrêt / de baisse ;
Somnolence (transitoire) ;
Sédation : sujet âgé ++ (comorbidités/co-prescriptions) ;
Nausées, vomissements (transitoires).

Éduquer le patient : différencier les risques
Dépendance pharmacologique : physiologique ;
Troubles de l’usage : pathologique.

Prévenir le patient : principe d’équianalgésie                                                                                                                                  10 mg morphine =
50mg tramadol = 60mg codéine = 100mg d’opium ;
Attention au paracétamol masqué
Attention aux interactions médicamenteuses
Tramadol et IRS (paroxétine, sertraline) ;
Tramadol ou codéine et inhibiteur du 2D6.


Prévenir et/ou traiter une constipation induite aux opioïdes (CIO)

TOUS les patients sont à risque de CIO :
tous les informer du risque

Identifier les facteurs favorisants : patients âgés +++, mais aussi
La constipation préalable, la diminution de la mobilité ;                                                                  ⚫ Un traitement prolongé (mais CIO possible dès les 1res prises).
Si apparition d’une constipation :
Fréquent arrêt / baisse de posologie par le patient ;
D’où antalgie inefficace et altération de la qualité de vie.
Prescrire d’emblée un laxatif osmotique « au cas où… »
Si besoin, en associer un 2e voire un lubrifiant.

En cas de persistance, recourir à un traitement spécifique de type PAMORA
Action antagoniste sur les récepteurs mu-opioïdes périphériques
Sans action sur les récepteurs centraux, ils préservent l’efficacité antalgique des opioïdes.
2 produits sont maintenant disponibles par voie orale en première intention, le naloxégol et la naldémédine.

 

 

 

À prendre d’emblée si patient déjà constipé

Conseiller au patient de reconsulter si 3 jours sans selles

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Pendant toute la durée de la prescription Tramadol, codéine ou opium ?

Évaluer régulièrement l’efficacité et la tolérance
Réévaluer la douleur : EVA ou EN
Au plus tard à J7, puis régulièrement.
Arrêt si disparition douleur, désescalade si douleur non sévère

Évaluer la dépendance pharmacologique : elle est physiologique
Perte d’effet et besoin d’augmenter les doses ?
Syndrome de manque entre les prises ?

Rechercher un mésusage (et/ou abus)
Tous les cas où l’usage de la substance n’est pas conforme.
Et arrêter le traitement si inefficace ou objectifs non atteints.

Savoir arrêter l’opioïde :
attention à la prescription chronique

Tramadol, un opioïde mais pas que…
Une partie importante de son effet analgésique s’explique par des effets sérotoninergiques et noradrénergiques, avec des possibilités d’interactions médicamenteuses. De plus, son action nécessite une métabolisation, expliquant les variations d’efficacité observées selon le statut métaboliseur du patient.

La codéine est aussi une prodrogue : 20 mg de codéine = 3 mg de morphine - mais après métabolisation ;
La poudre d’opium contient 10 % de morphine et ne nécessite pas de métabolisation, d'où une prescription plus sûre.

La plupart des opioïdes faibles sont associés à du paracétamol.
Attention au risque de surdosage en paracétamol !
L’association avec de la caféine est sans d’intérêt démontré.

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