| Synthèse des résultats de l’enquête réalisée du 26 juin au 16 juillet 2026 par la revue Preuves & Pratiques et commentée par les Prs Tamara Matysiak-Budnik (CHU de Nantes) et Francis Mégraud (Université de Bordeaux). |
En France, l'infection à Helicobacter pylori est fréquente, estimée entre 15 et 30 % dans la population générale, mais avec d'importantes variations selon l'âge et les conditions socio-économiques. La grande majorité des personnes infectées restent asymptomatiques, mais, chez certaines d’entre elles, des pathologies plus graves peuvent se développer, comme un ulcère gastro-duodénal ou un adénocarcinome gastrique. L'identification des situations et des facteurs de risque, justifiant un dépistage et un traitement d'éradication, est une question clé de la prise en charge. L’objet de cette enquête est d’estimer les habitudes des médecins généralistes en la matière en France.
Notre enquête a intéressé 226 généralistes, dont 2/3 de femmes, comme habituellement ; toutefois les plus de 55 ans étaient un peu moins nombreux (29,7 %).

Une affection courante
Le premier constat est que le nombre de traitements d’éradication de H. pylori est entre 1 et 5 par an pour deux tiers des répondants ce qui est cohérent avec le nombre de traitements remboursés en 2025 (estimés à environ 250 000) et le nombre d’ulcères gastroduodénaux diagnostiqués par endoscopie (environ 90 000/an). Bien que cette pathologie soit assez courante, un tiers (33,2 %) de nos répondants n’ont pas lu de recommandations concernant la prise en charge de l’infection à H. pylori, et les autres ont principalement lu les recommandations françaises de la HAS. À noter une proportion très basse (2,7 %) des répondants qui ont lu les recommandations européennes dites de Maastricht, pourtant considérées comme la référence en Europe, y compris en France.

Tester l’infection à H. pylori
Selon les réponses données, le test respiratoire à l’urée marquée au 13C est le test le plus utilisé pour le diagnostic, suivi par l’endoscopie digestive. La sérologie est plus marginale (bien qu’elle soit officiellement recommandée par l’HAS comme le premier test diagnostique), et les autres méthodes sont confidentielles.


Indications de diagnostic ou de dépistage
Devant un ulcère gastrique ou duodénal, une grande majorité de nos répondants déclarent rechercher « toujours » une infection à H. pylori, ils sont moins nombreux pour la dyspepsie et le reflux gastro-oesophagien, mais cela peut être dû à la situation clinique.
En revanche, une quantité importante de praticiens déclarent ne « jamais » rechercher d’infection à H. pylori dans les situations où cela est pourtant recommandé, notamment avant de commencer un traitement par AINS ou aspirine au long cours, ou chez les sujets considérés à risque accru de cancer gastrique (en particulier ceux ayant des antécédents familiaux de cancer gastrique).


CAT en cas de dyspepsie
Devant une dyspepsie, chez des patients de moins de 40-45 ans sans signe de gravité, l’attitude la plus fréquente est de prescrire directement un traitement par IPP, seuls 23,5 % des praticiens déclarant pratiquer d’abord un test respiratoire à l’urée et 11,9 % demandant une endoscopie et l’avis d’un spécialiste. En revanche, pour les patients âgés de 45 ans ou plus ou présentant des signes de gravité, l’attitude prioritaire est de demander d’emblée l’avis d’un spécialiste (66,8 %) et une endoscopie (53,1 %), alors que le test respiratoire est plus rarement demandé (15,5 %).

Traitement
En France, les recommandations de traitement se basent sur le taux de résistance élevé de H. pylori à la clarithromycine, estimé à 20-22 % en 2017 par la HAS, donc nettement au-dessus du seuil de 15 %. Manifestement, cette notion de résistance à la clarithromycine n’est pas bien connue de nos répondants : seulement 10,7 % connaissent le taux de résistance en France, 41 % ne le connaissent pas et 7,9 % le surestiment à plus de 25 %. Donc au total, plus des 4/5e des répondants n’estiment pas correctement ce taux de résistance.
En ce qui concerne le choix du traitement d’éradication, la majorité (61,8 %) des praticiens interrogés déclarent « utiliser le plus
régulièrement » la quadrithérapie bismuthée (Pylera® en France), alors que 14 % seulement utilisent la trithérapie standard à base de clarithromycine et 15,2 % la quadrithérapie concomitante. Ce profil reflète une tendance générale en Europe d’utiliser de plus en plus une quadrithérapie bismuthée (Pylera® ou autre), qui a l’avantage de ne pas contenir les antibiotiques pour lesquels une résistance est possible (surtout la clarithromycine), et donc pouvant être Avis spécialiste GE utilisée sans étude préalable de la sensibilité aux antibiotiques.

Le test de confirmation de l’éradication est pratiqué au moins quatre semaines après la fin du traitement, conformément aux
recommandations, par 73,3 % des répondants.

En cas d’échec du premier traitement, seuls 23,7 % des praticiens proposent une 2e ligne de traitement ; les autres se partagent entre adressage à un spécialiste (37,9 %) ou demande d’une endoscopie pour réaliser un test de sensibilité aux antibiotiques (37,9 %).
Après un 2e échec, l’adressage est majoritaire (57,1 %). Cette attitude est correcte et en accord avec les recommandations en vigueur indiquant qu’après l’échec d’un traitement d’éradication de première ligne, les prescriptions suivantes devraient être choisies en fonction de l’antibiogramme, nécessitant l’obtention de biopsies gastriques et donc la réalisation d’une endoscopie digestive haute.

| Points clés 1. En l'absence d'antibiogramme, première ligne de traitement par quadrithérapie bismuthée (Pylera® en France), car l'absence de clarithromycine évite le risque de résistance. 2. Le contrôle d'éradication est obligatoire, de préférence par test respiratoire, à réaliser en respectant les bonnes pratiques (à distance de traitement, sans antibiotiques, sans IPP). 3. La deuxième ligne de traitement toujours après une étude de sensibilité aux antibiotiques, et surtout à la clarithromycine. 4. Si l’infection est confirmée, il faut éradiquer H. Pylori chez toutes les personnes adultes infectées, ne serait- ce que dans le cadre d’une prévention primaire du cancer gastrique. 5. Il est fortement recommandé de suivre les recommandations européennes. |
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Conclusion Les modalités d’arrêt des traitements préalables avant de réaliser les tests de diagnostic semblent assez confuses pour nos répondants. Seul le délai minimum de 4 semaines avant un test d’éradication est bien retenu. En dehors de l’ulcère gastroduodénal, les indications du dépistage de l’infection à H. pylori sont mal connues, en particulier avant la prescription d’un traitement au long cours favorisant l’ulcère (AINS, aspirine). Le taux de résistance à la clarithromycine est largement ignoré ou sous-estimé. La quadrithérapie bismuthée est toutefois le traitement le plus régulièrement utilisé. |
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Cette enquête, réalisée par la revue Preuves & Pratiques,a bénéficié d'un soutien institutionnel du laboratoire Juvisé.




