Logo
Le Booster P&P
2 356 / 50 000
Hotline 01 55 77 12 00

Articles

Fausses informations

Revue No. 110

La problématique des « fausses informations » est l'objet de débats récurrents. Les mesures pour les contrôler sont souvent justifiées par le risque pour la santé des patients. Récemment, le « doc bashing » est devenu un sujet de préoccupation des médecins. Nous vous avons interrogés en ce début d’année 2026 sur votre expérience en tant que praticien généraliste.

Ce sont 246 généralistes qui ont répondu à notre enquête, dont 2/3 de femmes comme habituellement ; toutefois les plus de 55 ans étaient un peu moins nombreux (28,5 %).

Fausses infos figure 1

L’information médicale des patients
Nous avons d’abord voulu questionner l’importance des informations médicales dans la relation avec le patient. Les résultats montrent que les patients se réfèrent assez souvent à des informations médicales et que c’est même parfois un motif de consultation. Ainsi, la moitié de nos répondeurs déclarent que «souvent» les patients mentionnent leurs informations médicales (52%),leur demandent leur avis (49%) voire les consultent pour ce motif (30%). C’est donc un phénomène loin d’être secondaire.

Fausses infos figure 2

La source de ces informations est régulièrement non précisée, pour seulement 19% des répondeurs alors qu'elle est identifiée comme les réseaux sociaux (71,5%) et internet (42,3%), plus souvent que la télévision (35,8%) et la presse (19,9%) ; le bouche à oreille restant toutefois une source importante, identifiée par 58,5% des répondeurs. La validité de ces informations est problématique, seuls 6,1% des répondeurs considèrent qu’elles sont le plus souvent correctes et comprises, alors que le reste se partage entre «correctes mais mal comprises» (48,4%) et « incorrectes » (45,5%). La manière dont les patients comprennent les informations est clairement une partie du problème, et donc a fortiori la manière dont l’information leur a été présentée.

Fausses infos figure 3

Pour nos répondeurs, elle est à l’origine fréquente des fausses croyances, moins liées à la presse et la télévision (29,7%) qu’aux
croyances collectives (64,2%), au bouche-à-oreille (57,3%) et à la transmission familiale (40,2%) qui sont dans le même ordre de grandeur que les réseaux sociaux (64,2%) et internet (61,8%) ; mais n’en sont-elles pas l’équivalent numérique ? La plupart de nos répondeurs estiment que les fausses croyances sont actuellement plus fréquentes. Parmi les sujets les plus souvent évoqués, les fausses informations les moins citées sont celles portant sur les addictions (22,4%), la santé mentale (16,3 %) ou la pédiatrie (17,9%), alors que la diététique et l’hygiène de vie (62,6%) et surtout les infections et les vaccins (94,3%) sont identifiés comme les sujets phares : un effet post-Covid? Enfin, 8,5% identifient d’autres thématiques comme le cancer, la contraception, les médecines alternatives.

Fausses infos figure 4

Un impact parfois important
L'influence des fausses croyances sur plusieurs aspects de la pratique ne semble pas très importante, dans leur grande majorité nos répondeurs considèrent que «parfois» ou «rarement» des patients refusent un examen, un diagnostic, un traitement. En revanche, 44,3% considèrent que «souvent» les patients refusent un vaccin et 22% que les fausses informations sont «souvent» la raison d’une mauvaise observance. Toutefois, au total 71% considèrent que les fausses informations sont un problème important pour leur pratique ; il est possible que l'impact pratique réel soit moins important que l'impression générale.

Fausses infos figure 5 

Fausses infos figure 6

Une attitude sans concession
Nous avons ensuite exploré l’attitude des généralistes face à une fausse information. L’attitude n’est pas vraiment différente selon que la fausse croyance a ou non de l’importance pour la prise en charge. Une grande majorité (67,9 %) déclarent rectifier l’information quand ça n’interfère pas avec la prise en charge, ou tenter de convaincre (72,4%) si ça l’est. Les autres solutions sont d’explorer la croyance (45,1%) ou présenter les options (56,6%) selon la situation. Les attitudes moins «combatives» sont beaucoup plus rares.

Fausses infos figure 7

Et pourtant déconstruire une fausse information est considéré comme généralement long et difficile (par 71%), alors que seulement 15,4% la considèrent comme efficace. Ensemble, ces résultats montrent qu’en grande majorité nos répondeurs sont très volontaires pour combattre les fausses informations, tout en étant conscients des difficultés et des limites.

Fausses infos figure 8

Qualité de l’information
Les médecins s’informent largement : 44,3% déclarent approfondir leurs connaissances pour répondre à certaines informations. C’est la preuve que, d’une part ils ont une considération pour les informations apportées par le patient et que, d’autre part, la réponse à leurs interrogations n’est pas aussi facile ou nécessite des arguments bien étayés. Toutefois, la plupart ne consultent que parfois ou jamais les sites grand public, et encore moins les réseaux sociaux, pour savoir ce qu’il est dit aux patients. Leur opinion est cependant bien tranchée : l’information y est considérée par un grand nombre comme simpliste, approximative voire alarmiste, particulièrement sur les réseaux sociaux.

Fausses infos figure 9

Au total, la balance n’est pas favorable : si une majorité pense qu’internet a globalement amélioré les connaissances médicales, une majorité considère que les inconvénients dépassent les avantages.

Fausses infos figure 10

« Doc bashing »
À l’occasion de la récente grève des médecins, un florilège de critiques contre la profession a été diffusé aussi bien par les média grand public que bien sûr les réseaux sociaux. Nos répondeurs considèrent comme thématiques les plus habituelles : la motivation financière (66,3%), le manque d’empathie et de respect (52,4%) et l’attitude corporatiste (51,6%), loin devant la responsabilité dans les scandales médicaux (27,2%) ou le manque d’éthique (22%). Ces reproches semblent véhiculés par les réseaux sociaux (64,2%), les journalistes (58,5%), les politiques (46,7%), mais aussi les patients (50,8%), bien loin devant « des » professionnels de santé (8,1%).

Fausses infos figure 12

Rare est l'indifférence (11,8%) ; la peine (34,6%) et la colère (32,5%) sont des sentiments dominants ; mais il est à noter que presque autant trouvent que c’est injuste (43,9%) et exagéré à partir de critiques légitimes (43,1%).

Fausses infos figure 11

Conclusion
L’information médicale est une donnée importante de la relation avec le médecin qui est souvent interrogé par son patient et est parfois le motif de consultation. Ces informations émanent en premier du bouche-à-oreille physique ou numérique dans sa diffusion, avant la presse et la télévision. Toutefois, pour la moitié de nos répondeurs, les informations sont le plus souvent correctes mais mal comprises ; l'origine des fausses informations ne semble pas l'exclusive des certains média, en conclure au minimum que la manière dont les informations médicales sont diffusées n'est pas optimale : à qui la faute ? chacun se fera son opinion !

Les conséquences des fausses informations sur l’adhésion aux soins ne semblent pas si importantes en fréquence, en dehors du sujet de la vaccination, corrolaire de la baisse de confiance observée par ailleurs dans les sondages en population générale. Toutefois, nos répondeurs sont une grande majorité à identifier les fausses informations comme un problème important pour leur pratique et semblent s’impliquer dans l’éducation de leurs patients. L’attitude des généralistes en face de fausses informations paraît tout à fait « combative », malgré les difficultés.

Face au « doc bashing », les réactions sont rarement indifférentes, mais la moitié pensent que c’est une exagération de critiques légitimes. La motivation par l’argent est le motif de critique le plus fréquemment cité, toutefois notons que ce n’est ni spécifique des médecins, ni de l’époque…